Éric Denimal

ATTENTION ÉCOLE !

Avec ce panneau de signalisation triangulaire, on nous avait pourtant prévenu !

Le ministre de l’Éducation Nationale impose désormais l’école maternelle dès 3 ans. Bon nombre de parents en sont ravis puisque l’école est gratuite tandis que la nounou ne l’est pas. 

Il devient donc intéressant de déposer son gentil bambin ensommeillé à l’école en allant au boulot. Même si c’est un peu tôt pour ledit bambin arraché de son lit aux aurores, incapable d’avaler un vrai petit déjeuner dans la précipitation du matin, et qui impose un détour sur le chemin du bureau. Et comme le soir on ne peut reprendre l’enfant que vers 17h15 (boulot oblige), la journée du petit est finalement aussi longue que celle de l’adulte qui s’en plaint, lui qui est crevé, lessivé, rincé, à bout de nerf.

L’enfant confié à l’école et à la cantine, accueilli avant et après les heures de classe, c’est une excellente idée, et tellement pratique pour cette école qui a la responsabilité de faire du bambin un excellent citoyen.

C’est dans cette école maternelle – que le monde entier nous envie – qu’on formatera son esprit et que l’on dessinera sa culture, sa réflexion, qu’on imprimera ses repères et ses modèles.

Pour se faire, autant commencer tôt. Parce que c’est important, on gommera les mauvaises influences qui, par exemple, conduisent les garçons vers les autos et les filles vers les poupées. Cette tyrannie étant insupportable et archaïque, on sanctionnera les réflexes qui sont le bleu pour les uns et le rose pour les autres.

On lui lira de jolis contes modernes pour enfants d’aujourd’hui, où Clémentine a deux papas tellement géniaux, où la princesse épouse sa femme de chambre, où François est devenu Françoise. Avec de vrais documentaires, on lui montrera que l’hippocampe papa porte dans son ventre le bébé de maman hippocampe, et on lui expliquera que cette magnifique exception naturelle devrait devenir un modèle à inventer et à suivre par tous.

Tout est bien dans la meilleure des écoles.

Il fallait bien en imposer le régime dès 3 ans.

Pourquoi hésiterions-nous à mettre nos enfants, dès que possible, à l’école de la République. Il était temps de les soustraire aux écrans devant lesquels nous les avions imprudemment placé et abandonné.

Éric Denimal

À QUI APPARTIENT L’ENFANT ?

L’État décide maintenant que les 1000 premiers jours de l’enfant devraient lui appartenir !

L’État souhaite désormais « offrir » un accompagnement destiné aux parents et à leur bébé, depuis le 4e mois de grossesse jusqu’à environ 2 ans et demi.

Le projet sur lequel planche une commission scientifique présidée par le neuropsychiatre Boris Cyrulnik est de « lutter contre les inégalités de destin. » 

L’Élysée plaide pour ces 1000 premiers jours en ce termes : « Le président Macron a l’intention de répondre à un double appel. Celui des parents qui lui racontent le tourbillon de questions auxquelles ils n’ont pas toujours de réponses, et celui de la science qui nous dit l’importance des mille premiers jours d’un enfant. Pendant longtemps, on a cru que c’était une période qui devait rester dans la sphère privée. Nous, on considère que cela doit faire l’objet d’une politique publique ; sinon, on laisse prospérer des inégalités de destin. »

Voilà ! Tout est dit, et c’est plutôt inquiétant.

Manipulation et confiscation

Premièrement, et insidieusement, voire pernicieusement, on laisse ici entendre que les 1000 premiers jours d’un être commencent au 4e mois de grossesse de sa mère. C’est une belle façon fallacieuse de justifier l’élimination de l’embryon par avortement jusqu’à 14 semaines après le début des dernières règles de la mère (Loi Aubry-Guigou de 2001).

Deuxièmement, l’État est en train de confisquer l’enfant à ses parents. Sous prétexte que des mères insécurisées, parfois dans des environnements difficiles, risquent de mettre au monde des enfants qui auront du mal à se développer (sic), il faut mettre en place un nouveau cordon sanitaire et social.

Quand on demande à Boris Cyrulnik si c’est bien là le rôle de l’État, il n’hésite pas : « Un bébé est très facile à blesser, mais il est aussi très facile à réparer. Le gouvernement a indéniablement un rôle à jouer pour sécuriser la mère qui sécurise elle-même son enfant. »

Quant aux moyens à mettre en place, le neuropsychiatre explique : « Par des visites à domicile routinières de psychologues, d’infirmiers, de sages-femmes formés aux théories de l’attachement, auprès de personnes déjà repérées par l’aide sociale. »

Outre que le personnel qualifié manque cruellement dans les hôpitaux et qu’il faudra le trouver pour cette nouvelle mission, on se demande si être formé aux « théories de l’attachement » transforme lesdites théories en science vérifiée et certifiée.

L’État sculpteur 

Boris Cyrulnik défend l’idée qu’il faut extraire l’enfant à naître et le bébé des influences néfastes qui pourrait l’abimer. Il déclare, pour confirmer son avis : « On sait maintenant comment agir car le cerveau est sculpté par l’existence et par le milieu. On peut agir sur le couple, la famille. »

« On » pourra donc sculpter autre chose et autrement que ce qu’imprime le milieu et l’existence au sein d’une famille ! Voilà qui est magnifique.

Nulle part, dans les propos du neuropsychiatre, on entend parler d’une demande réelle des familles, ni de la liberté des parents, ni des nombreux cas où tout se passe finalement bien. Il pointe plutôt les 300 000 enfants dont s’occupe déjà l’aide sociale à l’enfance. Et c’est vrai qu’il faut se pencher sur cette population fragile, mais est-ce la bonne méthode ? Par contre, il évoque le coût exorbitant de ces 300 000 prises en charge qui coûtent près de 14 milliards d’Euros par an à l’État. Dès lors, s’occuper en amont des bébés, est-ce vraiment pour eux ou pour les finances ? Nous pourrions nous le demander lorsque l’intéressé confesse : « S’occuper d’un bébé, c’est une bonne affaire au point de vue financier ! »

KIDS Kidnaping

Tout cela semble préoccupant parce que derrière de fausses bonnes intentions, ce n’est pas l’enfant que l’on cherche à protéger, ni même les finances de l’État, mais la mise en place d’un État qui sculpte et formate ses enfants.

La question serait de savoir pour quoi !

Quelle sera la prochaine étape ?

Au moment sombre des guerres de religion en France, les catholiques enlevaient les enfants des familles protestantes, pour les envoyer dans des structures éducatives mises en place par les Jésuites. L’objectif était parfaitement annoncé : « Faire porter aux mauvais arbres de bons fruits ». Les Jésuites disaient qu’en leur confiant un enfant en bas-âge, ils pouvaient le laisser repartir dès 8 ans parce qu’alors, ils en avaient fait un bon catholique pour la vie.

Quand on ne peut être maitre des adultes qui savent encore penser et agir par eux-mêmes, on manipule la jeunesse pour qu’elle finisse par ressembler à ce dont on a besoin.

Sources  

« Un bébé est très facile à réparer » Article de Caroline Meyer et Agnès Leclair. Le Figaro du 1er octobre 2019

« L’État veut intervenir sur les 1000 premiers jours de l’enfant » Article de Stéphane Kovacs. Le Figaro du 19 septembre 2019

« Dieu, le juge et l’enfant – L’enlèvement des enfants protestants en France au 17 et 18ème siècles – Alain Joblin – Artois Presses Université – Octobre 2010

AVERTISSEMENTS ABUSIFS

À chaque fois que je prends le TGV, je suis surpris d’entendre le chef de train annoncer qu’il faut attendre l’arrêt complet avant de descendre, et vérifier qu’il y a bien un quai avant de descendre. Ces avertissements sont d’autant plus étonnants qu’il est généralement impossible d’ouvrir les portes tant que le conducteur ne déverrouille pas les fermetures automatiques.

C’est le même principe de précaution qui me conseille de ne pas mettre un animal mouillé et vivant dans le micro-ondes, ou que je ne dois pas utiliser mon rasoir électrique sous la douche.

De fait, si on ne me prévient pas d’un risque ou d’un danger, je peux porter plainte et même gagner des procès.

Or, il semble que nos contemporains soient devenus très procéduriers et que les entreprises, les organismes, les institutions cherchent de plus en plus à se protéger de pareilles menaces. Au final, on nous infantilise : ne traversez la rivière que s’il y a un pont ; ne sautez pas de l’avion sans parachute ; ne saupoudrez pas votre pizza d’un savon en poudre pour lessive…

On a envie de hurler : Et le bon sens, purée !

Mais le bon sens est sans doute la chose la moins partagée au monde lorsque l’on constate jusqu’où va la bêtise et la complaisance à l’égard de la bêtise. 

Des consommateurs d’une boisson gazeuse énergisante ont porté plainte contre le fabriquant pour publicité mensongère. Le slogan était (et est toujours) : « La boisson qui donne des ailes ! » Comme les clients de cette boisson n’ont pas observé l’effet annoncé, ils ont décidé de réclamer des dommages et intérêts !

Faut-il en rire ? Faut-il s’affliger ? Faut-il encourager ce type de procédures et d’inepties ?

Le plus surprenant dans cette escalade, c’est que la compagnie incriminée, pour éviter un recours collectif en justice, a accepté de verser plus de 13 millions de dollars à ces consommateurs américains.

À ce train-là (attention à l’espace entre le marchepied et le quai !), on peut se poser des questions sur l’intelligence humaine. Et si le ridicule ne tue pas, malgré l’adage, il faut désormais porter plainte contre lui.

Le retour des goulags

Les goulags étaient des camps de travail mis en place par la police politique d’URSS dans une période bien sombre du XXème siècle. On enfermait dans les goulags les gens qui pensaient autrement que le pouvoir en place. Or, la liberté de conscience est toujours une liberté fragile, une liberté menacée.

Clause de conscience

Par un récent reportage vu à la télévision, on apprend que plusieurs hôpitaux publics français ne permettent pas de pratiquer l’interruption volontaire de grossesse. Ces hôpitaux expliquent leur position par la clause de conscience inscrite dans la loi française. Voici ce que stipule cette clause de conscience : “un médecin ou une sage-femme n’est jamais tenu·e de pratiquer une interruption volontaire de grossesse”. Ce texte officiel permet donc au corps médical de refuser l’avortement. 

Ce qui semble normal a été présenté, par la journaliste, comme une entrave grave et un risque fort pour les femmes qui souhaitaient se faire avorter. Voilà une façon bien singulière de manifester l’objectivité chère aux journalistes. Mais ce n’est pas sur ce point que je voudrais m’arrêter.

La parole muselée

Ce que je trouve heureusement juste, dans la loi Veil, c’est la clause de conscience qui permet à un médecin de ne pas pratiquer d’avortements et donc de renvoyer la patiente vers un autre médecin pour qui l’avortement ne pose pas de problème.

C’est cette clause de conscience qui a fait dire récemment, au docteur Bertrand de Rochambeau, président d’un syndicat de gynécologues, qu’il était personnellement contre l’avortement.

Pourtant, cette prise de position, tout à fait recevable puisque la loi lui en donne le droit, a tout de même été fortement critiquée par la ministre de la Santé, et par la secrétaire d’État à l’égalité femmes-hommes. Ce qui prouve combien aujourd’hui la parole est muselée, même quand elle est autorisée. 

Des maires dans la tourmente

Imaginez ce qui arrive quand la loi ne permet pas d’avoir un autre avis que la majorité…

Jugez plutôt ! Une nouvelle loi autorise aujourd’hui en France, comme dans de très nombreux pays occidentaux, le mariage de deux personnes de même sexe. Cette loi a suscité bien des remous et continue à provoquer bien des tensions. De nombreux maires ne sont pas d’accord avec cette loi et ont souhaité ne pas être obligés à célébrer ces unions. Ils souhaitent pouvoir user, eux aussi, d’une clause de conscience. 

À noter que cette clause de conscience avait été promise par le président de la République d’alors, Monsieur Hollande ! Mais elle n’a jamais été inscrite dans la loi. Et aujourd’hui, les maires refusant de célébrer un mariage entre personnes de même sexe s’exposent à des peines pouvant aller jusqu’à cinq ans de prison et à 75 000 euros d’amende ! 

Demande de liberté

Dès 2016, un collectif de 146 maires et adjoints aux maires s’est tourné vers la Cour européenne des droits de l’homme pour réclamer la liberté de refuser de célébrer des mariages entre personnes de même sexe, et c’est plus de deux ans plus tard, fin 2018) qu’une réponse est arrivée de Strasbourg. Une réponse surprenante : la Cour européenne des droits de l’homme, par la voix du seul juge qui s’est penché sur le dossier, a répondu négativement à la requête : les maires et les adjoints n’ont pas le droit de refuser de célébrer ces mariages. 

Liberté chérie

Je rappelle que pour ces maires, il n’était pas question d’empêcher ces mariages, mais simplement qu’ils ne soient pas contraints de les célébrer eux-mêmes s’ils se trouvaient en situation de devoir le faire.

Les libertés sont des choses fragiles, et la liberté de conscience demeure un combat à mener parce que sinon, nous ne sommes plus que dans des dictatures. Or, il me semble que la parole libre et la liberté de conscience, sont aujourd’hui de plus en plus dissoutes dans des goulags idéologiques.

Précisions : L’affaire évoquée n’est pas terminée puisque le collectif de maires se tourne désormais vers d’autres instances mondiales pour revendiquer la liberté de conscience.

La couleur des colères

Nous avons vraiment un grave problème avec la liberté de penser et de s’exprimer. Surtout sur des sujets clivants comme, par exemple, l’IVG. Et ce sont les politiques qui, en ce domaine, sont les moins démocrates !

Un sujet polémique par excellence !
Je vais parler d’un sujet qui divise l’opinion tout en ne parlant pas de lui, mais de l’effet, de l’impact, du problème au-delà du problème. Le sujet de base est l’avortement légalisé. 

La loi Veil est en application depuis 1975 et depuis plus de 40 ans, cette loi demeure une pierre d’achoppement non seulement pour les gouvernements successifs français, mais dans bien des pays du monde, en occident et au-delà. C’est bien là un sujet qui divise et les polémiques demeurent, même lorsque l’on croit que les débats sont apaisés.

Ce qui semble acquis ne l’est finalement jamais !

Il y a un problème quelque part ! 

Alors que les moyens contraceptifs sont de plus en plus accessibles, disponibles, multiples et tandis que les campagnes d’informations se répètent, il y a de plus en plus de jeunes femmes, de jeunes filles, qui ont recours à l’IVG. 

Les chiffres que l’on avance, en France, s’élèvent à plus de 220 000 avortements par an.

C’est énorme ! Et quelque part, il y a un truc qui ne colle pas ! Un paradoxe qui non seulement demeure, mais devient franchement incompréhensible. 

Nouvelles contestations

Il y a quelques semaines, à Paris, plusieurs milliers de personnes ont défilé dans les rues pour dire qu’elles étaient opposées à l’avortement. 

Selon la police, environ 7 500 manifestants ! Selon les organisateurs, 50 000 ! Les comptes doivent se faire à la louche, à la très grosse louche ! Bref ! Il y a donc, ici comme aux USA, comme au Brésil, mais aussi en Arménie, en Géorgie, en Macédoine, en Russie et en Slovaquie… un vrai refus.

Or voilà qu’en France, un philosophe de 33 ans – c’est à dire un homme qui réfléchit, mais qui est bien plus jeune que la loi Veil, qui est né dans un pays où l’avortement est légal, remboursé par la Sécurité Sociale et qui va de soi – ce penseur prend position et dit être contre l’IVG. Je parle de François-Xavier Bellamy, lequel est aussi un jeune ténor politique, pressenti pour diriger la liste d’un parti important aux prochaines européennes. 

Un avis jugé non acceptable !

Cependant, ce qu’il faut signaler, c’est que sa position quant à l’IVG est son avis. Ce n’est pas son combat et encore moins veut-il, comme certains, le retrait de la loi Veil. Il sait qu’on ne pourra revenir sur cette loi. Or, ce qui est déplorable et dangereux, c’est que cet homme, qui signale son sentiment et son opinion sur un tel sujet, se retrouve dans le collimateur des médias, mais aussi de ses confrères en politique, et même d’élus de son propre parti. Il se fait taxer de « catholique conservateur », ce qui, dans le monde politico-médiatique, est une insulte humiliante !

Avoir une opinion personnelle qui n’est pas conforme avec le politiquement correct, c’est être un homme à abattre, à mettre au pilori.

Avoir le droit de penser autrement

C’est à ce niveau de réaction que j’exprime mon inquiétude pour la liberté d’expression et de penser. Et j’ose espérer ne pas être le seul ! 

Il n’est pas normal que penser autrement, c’est aussi donner des balles pour se faire fusiller. 

Il n’est pas normal que les porteurs de fusils soient des personnes qui, par ailleurs, chantent les vertus de la démocratie et des libertés. 

Quand on fait taire ceux qui, en conscience, ont quelque chose à dire, on ne peut que voir monter, à plus ou moins longues échéances, des colères et des violences ingérables. Bonnets rouges, gilets jaunes, stylos rouges, foulards bleus ! Voilà les couleurs des colères qui montent !

L’enfant et les écrans

Je voudrais évoquer les risques que courent nos chères petites têtes blondes (ou pas) lorsque nous les laissons devant des écrans. Si les écrans les fascinent, il faut savoir qu’ils les abîment aussi.

Les Dys

Dans la plupart des pays européens, l’enfant est une personne qui jouit de beaucoup de protections et même de droits. Mais l’attention qu’on lui porte connait aussi des lacunes. De fait, cette population enfantine pose pas mal de problèmes à ceux qui les observent. Bien des indicateurs concernant les enfants passent au rouge, les uns après les autres. C’est ainsi que l’on enregistre chez eux de plus en plus de troubles de comportements, de difficultés de concentration et d’apprentissage, d’états de suractivité ou, au contraire, de léthargie. On parle alors des Dys : dyslexie, dysphasie, dyspraxie, mais on peut aussi le problème de l’obésité précoce.

Un des signes préoccupants que relèvent les spécialistes est le nombre de demandes pour inscrire des enfants en difficultés dans des dispositifs de soutien. Ce nombre explose littéralement.

Des psychologues, des éducateurs, des enseignants, des psychiatres même, s’alarment. Ils déclaraient récemment : « Une génération toute entière d’enfants est en train d’être sacrifiée, laminée par une utilisation massive et anarchique des écrans de toutes sortes, et une génération de parents est désespérée devant ce phénomène. »

Une nouvelle étude

Une nouvelle étude (fin 2018) nous apprend qu’un enfant sur deux regarde déjà la télévision à 18 mois ; qu’à 2 ans, près de 20 % des tout-petits utilisent une tablette plusieurs jours par semaine et qu’un sur 10 est exposé quotidiennement au smartphone. 

On croit parfois que les enfants apprennent plus vite grâce à ces écrans, mais c’est un leurre. Poser un enfant devant la télévision ou lui confier une tablette pour l’occuper et être tranquille, c’est ouvrir la voie à de graves difficultés à venir.

En tant qu’adulte, on est parfois effrayé par ce qui est accessible facilement sur les sites internet, mais aussi, nous sommes quotidiennement agressés par des affiches publicitaires, ou par les programmes de télévision. Comment ne pas imaginer les dégâts que peuvent produire ces mêmes images – et ces sons – chez un enfant d’un, trois ou six ans… C’est être naïf de croire qu’il n’enregistre rien ou ne comprend pas.

On peut sans doute éduquer le regard, mais sans la vigilance appuyée des parents, on expose nos enfants à des informations traumatisantes pour eux aujourd’hui et demain.

Il faut le redire : Ce que l’on voit, ce que l’on regarde, ce que l’on enregistre – parfois à notre insu – peut donc détériorer le psychisme d’une personne faible, notamment l’enfant !

La lampe du corps

Il y a un propos de Jésus qui mérite d’être médité aujourd’hui : « Les yeux sont la lampe du corps : si tes yeux sont en bon état, tout ton corps est éclairé ; mais si tes yeux sont malades, tout ton corps est dans l’obscurité. Si donc la lumière qui est en toi n’est qu’obscurité, comme cette obscurité sera ténébreuse ! » (Matthieu 6. 22-23)

Et en plus de cette remarque très pertinente, il y a aussi une bonne nouvelle à saisir : il a été prouvé que lorsque des enfants, en grandes difficultés, sont extraits d’un environnement d’écrans (télévision, tablette, smartphone, console de jeux…) ils reprennent le cours normal de leur développement en jouant, en parlant avec d’autres enfants et avec des adultes, en découvrant le monde qui les entoure. Il faut donc les sortir de la bulle où, par ignorance, facilité ou bêtise, on les enferme. Voilà une solution aussi simple que sage !

Encore faut-il la saisir et la mettre en pratique, pour le bien de nos enfants et de nous-mêmes !

LE VENT MAUVAIS DE L’ANTISÉMITISME

Plusieurs faits divers récents montrent que les actes antisémites sont en augmentation en France, mais aussi partout en Europe. Ces actes, et les slogans qui les accompagnent doivent nous alerter et nous alarmer

Insultes, slogans, graffitis, violences, agressions… Les actes antisémites se multiplient et cela préoccupent autant les classes dirigeantes que les médias qui s’en font l’écho. Et ce qui se passe en France se vérifie dans toute l’Europe…

C’est un vent mauvais qui souffle sur notre continent et qui a de quoi inquiéter. L’actualité de ces derniers jours témoigne d’actes crapuleux, mais aussi de manifestations de haine préoccupantes. Or, selon une enquête menée au niveau européen et publiée il y a deux mois, on apprend que 79% des agressions antisémites ne sont pas signalées alors que, dans le même temps, en France, le Ministère de l’intérieur annonce une augmentation de 74% des actes anti-juifs en 2018.

Il faut rappeler que la France accueille la première communauté juive d’Europe, mais dans les pays où la présence juive est très minoritaire, l’antisémitisme gagne du terrain aussi. C’est notamment le cas dans les pays scandinaves.

Il y a les actes antisémites, et il y a le climat. Il faut donc noter une différence entre le réel et le ressenti. C’est comme en météo. Parfois, il fait une température, mais on en ressent une autre. Exemple, en France, 27 % des juifs ont subi une agression en 2018. Ce pourcentage est énorme, affolant même !  Conséquence (et donc ressenti) : 60 % des juifs de France craignent en être victime en 2019. 

Certains parlent de paranoïa, mais la succession des actes antisémites sur les symboles et sur les personnes ne sont pas des fantasmes.

Le climat actuel révèle bien d’une réalité. C’est ce qui fait qu’en Allemagne comme en France, 50% des juifs rêvent de prendre leurs valises et d’aller en Israël. Et si 1/3 des juifs français dissimulent leur identité, c’est qu’il y a vraiment un problème. 

Les leçons de l’Histoire sont-elles déjà oubliées ?

C’est possible ! En Allemagne, l’insécurité pour les juifs est de plus en plus flagrante. Il y a à cela deux causes. La première est la montée d’un parti d’Extrême droite, même s’il faut signaler (et c’est nouveau) que certains courants de gauche sont devenus antisémites. Et, deuxième élément : l’arrivée dans ce pays d’un million d’immigrés arabo-musulmans, lesquels viennent d’une culture antisémite ancestrale. Mais ce qui s’analyse ainsi outre Rhin est vérifiable ailleurs, et notamment dans notre pays qui prône la liberté, la fraternité et l’égalité.

Dénoncer l’antisémitisme est-ce suffisant pour que cesse cette haine ? Nos hommes politiques font de grandes et belles déclarations, mais comment changer des mentalités polluées par des raisonnements et des discours fallacieux.

Dénoncer, c’est naturellement utile. Mais il faut faire davantage. Il faut, par exemple, que les personnes qui ne sont pas antisémites sortent de leur silence complaisant et qu’ils le disent. Un des effets indirects sera de rassurer la population juive : nous ne sommes pas tous des antisémites. 

Et il faut aussi, sans doute, faire un travail sur nous-mêmes. Car il y a, quelque part, au plus profond de l’humanité, une racine toxique à arracher. Il faut oser se poser la question suivante : qu’est-ce qui est sous-jacent et qui provoque cette haine du Juif ? Pourquoi ce racisme si particulier ?

Voici une tentative d’explication rarement avancée par nos penseurs et par nos politiques…

Le peuple juif est signalé, depuis la nuit des temps, comme ayant reçu une bénédiction divine très spéciale. Or, insidieusement, tous les peuples, même athées, voudraient capter cette bénédiction et donc, cherchent à en déposséder Israël pour se l’approprier, ou pour la contester.

Ce que les peuples semblent ne pas avoir compris, c’est que la bénédiction se partage ; elle ne se vole pas ! Et elle ne se récupère pas en en privant les premiers bénéficiaires.

EUTHANASIE MASQUÉE ?

Il y a une affaire qui dure depuis 10 ans et qui est extrêmement douloureuse, c’est la situation de Vincent Lambert. Cet homme est dans le coma depuis 2008, suite à un accident de voiture. Un tribunal administratif vient de confirmer « l’obstination déraisonnable » quant au maintien en vie de cet homme. La justice a donc pris une énième décision concernant le cas Vincent Lambert. Elle ouvre la voie à la procédure d’arrêt des soins. 

Une brèche

Ce fait divers a déchainé bien des passions, des débats, des souffrances, des doutes, mais au-delà du cas, on touche à un problème difficile et douloureux qui est celui de la fin de vie, de l’acharnement thérapeutique, de l’euthanasie, et même du suicide assisté. Ce problème touche tout le monde et dans bien des pays d’Europe, des solutions sont proposées, mais aucune ne fait l’unanimité. D’ailleurs, certaines solutions mises en place depuis quelques années en Hollande, en Suisse ou au Canada, sont en train de soulever de nouveaux problèmes qui n’apparaissaient pas avant des pratiques pourtant légalisées.

Dérives et abus
En Suisse, par exemple, pays où on a légalisé le suicide assisté depuis bien des années, , on découvre aujourd’hui qu’il y a des dérapages, des pressions parfois redoutables, des traumatismes chez les proches qui se sont suicidés, sans parler des suicides autorisés pour de fausses raisons. Initialement, la loi prévoyait le suicide assisté pour des personnes malades et condamnées, taraudées par des souffrances physiques insupportables, mais aujourd’hui, le suicide assisté est pratiqué par des personnes qui veulent échapper à des situations pénibles, à un mal de vivre, à un environnement hostile…

Au nom de la dignité !

Au-delà du cas Lambert, que faut-il penser de cette notion qui semble juste : la mort dans la dignité ? 

Pour ce qui est de la France, il existait une loi sur les soins palliatifs qui visait à soulager la douleur, à apaiser la souffrance psychique, à sauvegarder la dignité d’une personne malade. Depuis 2016, au nom du « mourir dans la dignité » on a introduit un droit nouveau : le patient peut réclamer une sédation profonde et continue jusqu’au décès.

Qu’est-ce que cela veut dire « sédation profonde et continue » ?
Sédation = sédatifs. Il s’agit de traitements analgésiques utilisés pour répondre à la souffrance du malade en phase avancée ou terminale. On arrête tout traitement qui maintient en vie, et on donne au malade des sédatifs qui peuvent avoir, pour effets secondaires, d’abréger la vie. On ne parle pas d’euthanasie, mais cela lui ressemble. Et c’est là que la prudence est de mise. Cette fameuse « sédation continue », décidée parfois par le médecin, parfois par le patient, parfois par son entourage, voire par une décision du tribunal, peut devenir une euthanasie masquée. 

Comme pour le suicide assisté, il peut y avoir des manipulations de la loi ou des pressions de personnes qui aboutiront finalement à des débordements.

Un terrible aveu

En France, euthanasie et suicide assisté sont interdits, mais en l’espace de deux ans, trois propositions de loi visant à les légaliser ont été déposées sur le bureau de l’Assemblée Nationale. 

En Belgique, où cela est déjà autorisé, la Commission fédérale de contrôle et d’évaluation de l’euthanasie (CFCEE) admet être dans l’incapacité de déterminer les conditions véritables dans lesquelles les euthanasies ont été conduites. La pratique montre que l’encadrement annoncé dans la loi est vite débordé : c’est ainsi que, de 2012 à 2018, le taux de « patients psychiatriques et déments » parmi les euthanasies pratiquées est passé de 0,5% à 3%. Est-ce que cela n’est pas étonnant et préoccupant ? 

Il y a des lois sociétales qui semblent justes, généreuses, attentionnées. 

Comme l’enfer, elles sont pavées de bonnes intentions. 

C’est alors une nouvelle dérive éthique dont nous pourrions tous être un jour, une victime directe.

Méfions-nous des apparences !

Nous le savons, mais il est utile de le redire : les discours, même s’ils viennent de penseurs intelligents et de personnalités référentes, ne sont pas nécessairement des vérités. Il y a des manipulations par le langage absolument fallacieuses – faites pour tromper. De très nombreux messages, assénés et médiatisés avec force, se font passer pour des messages empreints de générosité ou de progrès, mais ils mentent.

Concernant des sujets comme la PMA pour tous ou la GPA pour ceux qui en ont les moyens, les débats sont houleux et les pressions énormes.

On nous présente le don d’un enfant d’une mère porteuse pour un couple de même sexe comme un bel acte de générosité, et cette présentation est séduisante. On pourrait presque l’assimiler au don d’organe à une personne déficiente et condamnée. Mais le rapprochement est trompeur ; on n’est pas sur le même registre et le raccourci, comme toujours, est grossier.

On laisse entendre que le mariage pour tous est finalement une victoire de la tolérance, sur l’obscurantisme, une preuve intelligente d’ouverture. C’est une perfidie. Le paquet est si bien présenté que celui qui, bêtement, émettrait des doutes sur la légitimité de ce mariage, serait aussitôt placé dans la catégorie malsaine des rétrogrades, des conservateurs, voire des retardés (mentaux ?)

Pourtant, il y a mensonge ! Et s’il est impossible de le dire, c’est que nous sommes désormais dans une dictature. La tolérance est une excuse dont il faut cesser d’abuser.

Du bout des lèvres, certains murmurent que le mariage pour tous est une atteinte au message de la Bible et à l’ordre des choses jusqu’ici immuables. De fait, le mariage pour tous est une attaque contre l’origine. C’est donc bien plus grave.

Si on ne coupe pas la parole qui vient d’être énoncée, il faut encore l’argumenter. Or, le bon sens rappelle que la vie passe par la transmission, et que la transmission passe naturellement par la paternité et par la maternité. Ce message devrait plaire à tous ceux qui ne jurent plus que par le bio et le durable.

La paternité sème et protège ; la maternité recueille et fait naître. Faut-il un dessin, ou le recours au latin : nascor naître nature.

Le couple homme/femme, n’est pas seulement l’espace et le lieu où s’exprime une sexualité, il est le sanctuaire de la transmission de la vie. Le donneur et le récepteur, le donateur et le récipiendaire, sont personnellement et intimement impliqués dans la conception d’un être qui est la première, exclusive et unique empreinte de la vie de chacun des deux partenaires.

On ne fabrique pas un être humain comme on monte un meuble récupéré au comptoir « réception de marchandise ». Déléguer un de ces rôles (père/mère) à un tiers qui n’ente dans le projet de vie d’un couple que pour un temps, c’est traverser la gare sans prendre le train. Etre de passage, ce n’est pas être passager !

Peut-être sommes-nous déjà (encore et à nouveau) dans une nouvelle mouture de la faute originelle qui est de refuser la véritable origine.

Eric Denimal

L’Etranger dans la Bible (3)

Dans deux articles précédents, j’ai eu l’occasion de parler de l’étranger selon l’Ancien Testament. Aujourd’hui, je me propose de m’arrêter sur ce que le Nouveau Testament dit de l’étranger, de son comportement et surtout du comportement du croyant à son endroit.

De la même façon qu’il y a plusieurs mots différents en hébreu pour désigner l’étranger – l’hébreu étant la langue de l’Ancien Testament – il y a également plusieurs mots grecs différents pour parler de lui dans le Nouveau – le grec étant la langue du Nouveau Testament, dois-je le rappeler !

Trois mots et trois réalités

Le terme le plus commun est Xénos ; mot que l’on retrouve, par exemple, dans xénophobe / la haine de l’étranger.
Ce mot Xénos désigne, dans le Nouveau Testament, l’étranger, l’immigré, l’homme d’une autre culture, d’une autre race, d’une autre langue.
On trouve ce terme spécifiquement dans le célèbre propos de Jésus : « J’étais étranger (Xénos), et vous m’avez accueilli. »

Mais il y a d’autres étrangers, d’autres catégories ou d’autres statuts identifiables dans le Nouveau Testament. Ainsi, le Samaritain est un Alloguénès.
En ethnologie, allogène (ne pas confondre avec la lampe ; cela ne s’écrit pas de la même façon) est un groupe ethnique installé depuis peu de temps sur un territoire qui n’est pas le sien, et qui reste encore distinct de la population indigène (allogène / indigène)
Les étrangers allogènes du Nouveau Testament sont des individus ou des peuples qui, vivants dans la nation d’Israël, y sont minoritaires. Ils coexistent sans être acculturés, assimilés par la nation qui les accueille.

Nouvelle identité

Un jour – c’est Luc qui relate cet épisode dans son Evangile – Jésus se trouve en Samarie et il y rencontre dix lépreux qui lui demandent d’intervenir en leur faveur. Jésus les guérit et les envoie se montrer aux prêtres pour que leurs guérisons soient enregistrées et que ces ex-lépreux soient réintroduits dans la société. Alors que les miraculés sont en route, l’un d’eux revient sur ses pas pour remercier Jésus.
Jésus s’étonne en ces termes : Tous les dix n’ont-ils pas été guéris, Et il ne se trouve que cet étranger (allogène) qui soit revenu pour donner gloire à Dieu ! »
Pour le coup, cet allogène devient indigène ; cet étranger-là, déjà au bénéfice de la guérison divine, entre dans le peuple de Dieu et quitte son statut d’allogène.

L’autre

Enfin, troisième terme grec que l’on trouve dans les Evangiles pour désigner l’étranger, c’est celui qui permet de désigner l’autre, mais un autre qui n’est pas concerné, qui reste indifférent.
Faisons encore un peu de grec pour paraître savant. Le terme en question est Allotrios. Parfois il est traduit en français par autrui ; un terme très générique pour parler d’un vague autre, d’un autre indéterminé.
Or, Jésus utilise ce terme pour parler de cet étranger que les brebis ne veulent pas suivre. En effet, dans l’Evangile de Jean, Jésus parle du bon berger qui appelle ses brebis par leur nom, lesquelles brebis reconnaissent sa voix. Et Jésus insiste : « Mais ces brebis ne suivent pas un étranger (allotrios) ; au contraire, elles le fuiront parce qu’elles ne reconnaissent pas la voix des étrangers (allotrios). » (Jean 10. 5)

Les frontières bougent

Voilà donc trois catégories d’étrangers, si j’ose dire. Et maintenant, il faut remarquer plusieurs choses importantes : la première étant de rappeler que Jésus fait déborder la Bonne Nouvelle de Dieu au-delà de toutes les frontières, qu’elles soient physiques ou mentales, géographiques ou psychologiques. Ce n’est pas vraiment un point nouveau puisque déjà, dans l’Ancien Testament, il y a des indices qui parlent de l’universalité du salut offert par Dieu. L’indice de référence est dans la présentation d’Abraham par lequel toutes les nations de la terre seront bénies. Un autre indice intéressant : lorsque Jésus critique l’attitude des religieux de son temps, il cite une parole du prophète Isaïe dans l’Ancien Testament : « Cette maison – il parle du temple – devait être une maison de prière pour tous le peuples ; vous en avez fait une caverne de voleurs ! » (Matthieu 21. 13 // Isaïe 56. 7). Une maison de prière pour tous les peuples, rappelle-t-il !

Samarie comme un symbole

L’Evangile est donc pour tous, et Jésus met en pratique cette réalité. Il rencontre, notamment, une samaritaine – une étrangère donc, mais une étrangère au sein même de sa communauté puisqu’elle semble exclue vu ses conditions de vie – Or, Jésus offre à cette xéros, l’occasion de saisir la vie éternelle. C’est d’ailleurs à cette femme qu’il laisse entendre qu’il est le Messie de Dieu.
Lorsqu’il faut expliquer qui est le prochain à aimer, qui est l’autre, l’autrui à aimer, Jésus raconte la fameuse parabole du Bon Samaritain. Il explique ensuite que c’est à ce bon étranger qu’il faut s’identifier. C’est une audace, pour ne pas dire un propos scandaleux que Jésus adresse à son interlocuteur.

Le romain aussi

Il y a un autre épisode intéressant à propos des étrangers dans les Evangiles ; un épisode très révélateur. Je ne résiste pas à l’envie de vous en parler.
Un centurion romain (donc un étranger, mais aussi un envahisseur, un ennemi occupant) interpelle Jésus et lui demande d’intervenir pour son serviteur très malade. Jésus, sans hésiter, se propose d’aller chez ce romain, mais ce dernier se considère indigne de recevoir le Seigneur chez lui. Il propose que Jésus dise simplement une parole en faveur du malade. Il est persuadé que la puissance de Jésus sera efficace même à distance. L’Evangile de Matthieu, qui relate l’anecdote, signale aussi la réaction de Jésus.
« Quand Jésus entendit ces mots, il fut dans l’admiration et dit à ceux qui le suivaient : Je vous le déclare, c’est la vérité : je n’ai trouvé une telle foi chez personne en Israël. » (Matthieu 8. 10)
C’est alors l’occasion toute indiquée, pour Jésus, de redire que la Bonne Nouvelle était bien pour le monde entier puisqu’il ajoute : « Je vous l’affirme, beaucoup viendront de l’est et de l’ouest et prendront place à table dans le Royaume des cieux avec Abraham, Isaac et Jacob. » (Matthieu 8. 11)

L’audacieuse femme cananéenne

Lorsque l’on parle des étrangers dans le Nouveau Testament, on ne peut faire l’impasse sur un des épisodes les plus surprenants de l’Evangile ; c’est la rencontre entre une femme cananéenne sur le territoire de Tyr et de Sidon avec Jésus lui-même.
Nous sommes là à l’étranger – oui Jésus n’est plus en Israël à ce moment-là – et nous sommes avec une étrangère qui réclame une intervention divine en faveur de sa fille malade. Elle s’adresse à Jésus en l’appelant Seigneur et Fils de David. Ce qui n’est pas un détail.
S’en suit une discussion âpre, qui met mal à l’aise le lecteur. En effet, Jésus semble insensible à la douleur de la mère et ne s’empresse pas à répondre. Au contraire, il prononce une parole étrange, qui ne lui ressemble pas : “Je ne suis envoyé qu’aux brebis perdues d’Israël ! Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants pour le jeter aux petits chiens ! ” (Matthieu 15. 24-25)
Propos insultants, en apparence. Mais la femme ne se laisse pas démonter. Elle réplique, du tac au tac : ” Il est vrai, Seigneur ! Cependant, les petits chiens mangent des miettes qui tombent de la table de leurs maîtres.” (15. 27)
Cette réponse touche assez Jésus pour qu’il en soit impressionné, et il accorde la guérison à la fillette.
Mais que vient-il de se passer ?

Eviter la confusion

Il fait comprendre que juifs et cananéens sont étrangers l’un pour l’autre, et même ennemis. La frontière qui les sépare est un gouffre de plusieurs siècles. Or, Jésus va à l’étranger pour qu’une étrangère exprime le fond de sa pensée. Elle ne dit pas qu’il faut fusionner et qu’il suffit d’oublier qu’il y a d’un côté les juifs et de l’autre, les autres. Elle reconnaît qu’il y a des petits chiens et des maîtres. Elle affirme qu’il y a une différence entre les juifs et les non-juifs, et que les statuts diffèrent. Elle souligne que l’autre est autre, différent. Cette différence ne peut être effacée par un coup de baguette magique. L’autre n’est pas supérieur ou inférieur ; l’autre est différent, et même différent par la place qu’il occupe dans la révélation de Dieu.
Lorsque l’on reconnait la différence et qu’on ne la prend pas pour autre chose qu’une différenciation qui ouvre sur la complémentarité, alors, on abolit la différence.
L’étrangère de Canaan découvre – et nous devrions en faire autant – que l’on est toujours un étranger face à l’autre, et particulièrement face à Dieu, le Tout Autre. La différence est à accepter, pas à effacer. Il ne s’agit pas de fusionner dans une notion idyllique d’égalité, mais de reconnaître la distance entre chacun.
Or, ce qui nous permet de ne plus être étrangers les uns pour les autres, c’est de nous laisser transformer par une force plus grande que nos aspirations les plus généreuses. Cette force vient de Dieu qui souffle son Esprit à Pentecôte et qui fait que brusquement tout le monde s’entend et se comprend parce que le langage est devenu différent.

Le dénominateur commun

Plus tard, l’apôtre Paul expliquera que le statut d’étranger explose avec l’Evangile, et pas seulement ce statut-là !
« Vous êtes tous enfants de Dieu par la foi qui vous lie à Jésus-Christ. Vous tous, en effet, avez été unis au Christ dans le baptême et vous vous êtes ainsi revêtus de tout ce qu’il nous offre. Il n’importe donc plus que l’on soit juif ou non juif, esclave ou libre, homme ou femme ; en effet, vous êtes tous un dans la communion avec Jésus-Christ. (Galates 3. 26-28)
L’originalité apportée par l’Evangile est donc la suivante : c’est à la façon dont on croit en la personne du Christ, et seulement par la foi, que l’on accède au Royaume de Dieu et que l’on passe du statut d’étranger sur la terre à celui d’enfant de Dieu ; une nouvelle citoyenneté.

Je faisais allusion, un peu plus tôt, à cette parole de Jésus : « J’étais étranger et vous m’avez accueilli ! »
Jésus s’est placé à la place de l’étranger. Le recevoir ou ne pas le recevoir n’est pas anodin. En effet, Jésus évoque cette situation dans un discours dont le centre est le jugement dernier. C’est donc un thème très important, pour ne pas dire définitif. Accueillir l’étranger, c’est accueillir le Christ. Ne pas l’accueillir, c’est donc le refuser. De la décision dépend bien plus qu’un vivre ensemble plus ou moins réussi. Il en va de la vie, et de la vie éternelle.
Il serait dommage de rester étranger à ce message.