“Jésus marchait le long du lac de Galilée, lorsqu’il vit Simon et son frère André ; ils étaient en train de jeter un filet dans le lac. Jésus leur dit : “Venez à ma suite et ce sont des êtres humains que vous pêcherez.” Marc 1:16
L’appel de Jésus à Pierre contient un paradoxe qui bouscule notre logique. Dans la nature, le poisson que l’on sort de l’eau meurt. Pourtant, dans le langage biblique, cette image est inversée : être pêché, c’est enfin commencer à vivre. Pour saisir cette vérité, il faut changer de regard sur « la mer ». Elle semble être un élément naturel sympathique, mais spirituellement, elle représente un milieu où l’âme s’agite en apnée. Elle est même une menace : le lieu où se cache le Léviathan, ce serpent des eaux décrit dans l’Écriture (Ésaïe 27.1). Demeurer dans ces profondeurs, c’est accepter une dérive silencieuse vers une mort qui ne dit pas son nom. Dès lors, le filet du pêcheur n’est pas un piège, mais l’instrument d’un sauveteur. Lorsque l’Évangile nous atteint, le choc est radical. Être tiré hors de l’eau implique la douleur de quitter ses habitudes et ce milieu que l’on croyait être le seul possible.
Il y a effectivement une mort : celle d’une nature ancienne qui, paradoxalement, nous étouffait. Mais cette mort est la porte d’entrée vers la véritable existence : « Celui qui perdra sa vie à cause de moi la retrouvera. » Le filet de l’évangéliste est une nacelle de sauvetage. C’est la Grâce qui nous arrache à l’abysse pour nous déposer dans le bateau du Christ — cette Église qui navigue sur une mer mouvementée. Là, nous ne sommes pas des prises, mais des rescapés destinés à l’éternité. Ne craignez donc pas le filet. Si vous vous sentez parfois « hors de votre élément » ou étranger aux courants de ce monde, c’est le signe même de votre sauvetage. Vous n’êtes plus des créatures des profondeurs sombres, mais des citoyens des cieux. Le filet qui vous a saisis est celui qui vous porte désormais vers le seul port qui compte : celui de la Vie éternelle.


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