Toujours en route

“Ils buvaient à un rocher spirituel qui les suivait, et ce rocher était le Christ.” 1 Co 10. 4

Si nous prenons du recul, voire de la hauteur, pour tenter de résumer toute l’aventure judéo-chrétienne discernable dans la Bible, nous pourrions voir que tout commence vraiment avec Abraham, l’homme désinstallé qui reçoit l’ordre de partir, de quitter son pays sans savoir où il doit aller. Cette marche, cette itinérance, ce déplacement se poursuit dans l’Histoire avec l’Exode et, plus tard, avec l’Exil. L’évangéliste Luc résume, quant à lui, tout le ministère de Jésus par une “montée” à Jérusalem par le Messie Lui-même. De fait, on voyage beaucoup dans la Bible, et même la Terre promise n’est jamais définitivement acquise. Lorsqu’il croit l’avoir atteinte et la posséder pour pouvoir arrêter le voyage, l’Israélite la perd et doit recommencer la conquête. Finalement, l’homme biblique est un nomade, un exilé permanent. Dieu est Celui qui le désinstalle et qui le remet sans cesse en route. Le rocher qui donne de l’eau dans le désert est un paradoxe étonnant de solidité et de fluidité : le solide sur lequel bâtir et le fluide qui file toujours entre les doigts. Le Dieu de la Bible est Celui des surprises, de ce qui se saisit et de ce qui est insaisissable ; du stable et du mouvant. Il nous donne le Fils et le Saint-Esprit : Jésus dont nous savons d’où Il vient et où Il va, et l’Esprit dont nous ignorons d’où Il vient et où Il va. Dieu nous échappe toujours alors que nous pensions enfin Le connaître, voire Le posséder. Nous devons Le chercher, mais il n’est pas en notre pouvoir de Le trouver. C’est pourquoi Il prend l’initiative de se laisser trouver. L’assurance de la foi est alimentée par le doute nécessaire ; c’est une inquiétude permanente, mais parfaitement surmontée. Ainsi, nos certitudes religieuses ouvrent toujours sur de nouvelles interrogations : nous touchons le rocher, nous recevons l’eau que nous ne pouvons retenir dans nos mains. Cheminer avec Dieu, c’est être invité à un voyage permanent. Dans le désert, le peuple en route ne tourne pas autour du rocher auquel il peut s’abreuver. Étonnamment, le rocher les suit dans leur itinérance. L’image doit nous parler.

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Commentaires

Une réponse à “Toujours en route”

  1. Avatar de Marion
    Marion

    Magnifiques tous ces parallèles ! Profond et poétique à la fois… ça me touche beaucoup. Merci !

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